Le Cèdre du Liban (Cedrus libani) - emblème de Bourg-Argental depuis 1827
Emblème vénérable des Pépinières Paul Croix et de la Ville de Bourg-Argental, ce Cèdre du Liban — semé en 1827 par Adrien Sénéclauze et planté à demeure en 1830 — a été pendant près de deux siècles le témoin vivant de l'histoire de la pépinière. Son démontage en octobre 2011 a suscité une vive émotion dans toute la région.
Un géant bicentenaire — les chiffres
Ce « gardien des souvenirs » a révélé son état à la suite de violentes bourrasques de vent qui ont provoqué plusieurs fissures à la base des branches. Malgré sa vigueur apparente et les soins réguliers dont il bénéficiait, ce géant était victime d'un champignon xylophage virulent.
- Hauteur : 48 mètres
- Circonférence : 9,66 mètres
- Superficie couverte : 1 400 m²
- Bois évacué : 180 tonnes
- Âge : environ 184 ans au moment du démontage
Adrien Sénéclauze raconte son cèdre
Adrien Sénéclauze lui-même évoque cet arbre avec fierté dans ses écrits, alors que le cèdre n'a que 30 ans :
« Notre cèdre du Liban, issu de notre premier semis de cette espèce en 1827 et placé à demeure en 1830, peut être regardé, relativement à son âge, comme un des plus remarquables pour son accroissement rapide, surtout en grosseur. Ses branches nombreuses, très grosses, affectent la forme verticale, s'élèvent presque à la hauteur de la flèche et donnent ainsi à l'arbre la forme d'une pyramide écrasée. Mais ce qui caractérise principalement ce beau cèdre, c'est la teinte glauque qui recouvre presque entièrement les feuilles et qui devient comme farinacée au printemps ; alors, c'est un véritable c. argenté. Les fleurs mâles ont paru pour la première fois en 1850 et depuis se montrent chaque année en grande abondance. Les premiers cônes datent seulement de 1857 au nombre de cinq, d'une belle grosseur. »
— Adrien Sénéclauze
Le Cèdre du Liban hybride du Cèdre deodara (Cedrus libani 'Hybrida deodara')
Un autre fait exceptionnel est rapporté par Sénéclauze dans son Catalogue monographique de la Famille des Conifères — la fécondation naturelle du Cèdre du Liban par le pollen d'un Cèdre deodara voisin, donnant naissance à des hybrides inédits :
« Voici un fait que nous tenons à constater : Un fort pied de cèdre du Liban, semé par nous en 1827, lequel s'élève actuellement à 17 mètres 80 cent., avec une circonférence de 3 mètres 25 cent., était resté presque stérile jusqu'en 1865 ; mais au printemps de 1866 nous en avons recueilli près de 200 cônes fertiles et bien conformés, dont les graines ont été immédiatement semées. Quel a été notre étonnement en reconnaissant dans les jeunes sujets provenant de ce semis un certain nombre de Cèdres Deodara purs... La majeure partie réunit les caractères mixtes des deux parents. »
« À 36 mètres de distance de notre Cedrus libani est planté un fort C. deodara, qui fut couvert en 1865 d'une énorme quantité de chatons mâles, dont le pollen porté par les vents produisait parfois d'épais nuages de couleur de soufre. C'est donc ainsi qu'ont été fécondés en grande partie les cônes naissants de notre C. du Liban. »
— Adrien Sénéclauze, Catalogue monographique de la Famille des Conifères
Ce témoignage est d'une valeur scientifique et historique exceptionnelle — il documente l'une des premières observations d'hybridation naturelle entre deux espèces de cèdres, réalisée par Sénéclauze lui-même à Bourg-Argental au XIXe siècle.
Un héritage préservé dans le Jardin Remarquable
Si le Cèdre du Liban n'est plus, son souvenir demeure au cœur du Jardin Remarquable de Bourg-Argental, labellisé en 2010. Les visiteurs qui découvrent la roseraie lors des visites guidées entendent invariablement son histoire — témoignage vivant de deux siècles de passion botanique à Bourg-Argental.
← Retour au plan du jardin | Découvrir Adrien Sénéclauze → | Visiter la roseraie →